Un chaud début d'été en Aveyron...
Pour notre dernière sortie avant la trêve estivale, nous retrouvons avec plaisir cette belle organisation du BAR. Une
bonne quarantaine d'engagés (avec hélas trop peu de vraies anciennes), se retrouvent donc à Bouillac pour cette journée de roulage au road-book, avec un temps et un parcours secrets mais à
respecter scrupuleuseument sous peine de pénalités, l'ensemble donnant un classement scratch et un classement par classe d'âge des véhicules.
Après les traditionnelles vérifications administratives accompagnées d'un petit déjeuner aux "Berges du Lot", et
techniques devant la salle des fêtes, le briefing est remis sous forme de consignes écrites aux concurrents: pas mal de temps gagné grace à cette astuce.
Départ des concurrents de minute en minute, au road book fléché-métré, à partir de 9h30. Une autre innovation: une partie
du parcours est donné sous forme de notes "rallye de vitesse"... une occasion de s'éclater un peu, en respectant les consignes de sécurité quand même.
Retour à Bouillac pour l'excellent "aligot-saucisses" proposé cette année, et départ sous la chaleur vers 15 heures pour
la deuxième étape, toujours en fléché-métré avec une zone "rallye".
Voilà un cadre bien établi à Bouillac, avec toujours un classement reposant sur une distance idéale à parcourir dans un
temps idéal, le tout tenu secret par l'équipe du BAR. Amusant et efficace pour établir un classement avec peu de commissaires de route, et une équipe informatique bien rodée.
A ce petit jeu, certains jardinent pas mal, surtout en étape 2, mais la bonne humeur et la convivialité ne quittent pas le
peloton.
Quant à nous, l'étape matinale est marquée par une erreur de navigation dès les premiers kilométres, assez vite corrigée,
et celle de l'après-midi, par une grande séance de jardinage... dans les rues de Decazeville, avec là aussi un peu de temps perdu, assez vite rattrapé il faut dire.
Au final, une journée correcte sans plus, avec une impression mitigée dans l'attente du classement.
Celui-ci sera conforme à nos attentes, avec une 12ème place sur 40 équipages (3èmes de notre classe quand même), loin de
notre poduim de 2009. Les écarts sont très faibles, et nos erreurs nous coûtent certainement encore un podium... mais pas de regrets à avoir, c'est le jeu!
La journée se termine autour d'un vin d'honneur, avec bien sûr échanges d'impressions et promesse
de se revoir en 2012.
Quelques images de la journée:

Notre Manta en compagnie d'une magnifique lancia Fulvia Zagato.
Une voiture assez rare et en superbe état: Ford Anglia 105.
Patrick et Sylvie sont des habitués de l'épreuve.

Voilà une 2CV qui délivre une sonorité envoûtante...
Un vrai aligot, c'est aussi spectaculaire que bon!
La remise des prix est toujours richement dotée à Bouillac, grace à la bonne image du club, source de nombreux sponsorings. Le président Vincent Soubiroux est accompagné d'un des principaux
partenaires, et du conseiller général de Capdenac-gare.
Le parc de départ est toujours très fréquenté, et le public est connaisseur.
Un beau podium: Guillaume et Valérie Lapaz, Robert Soubiroux et Benoît Lescure, Mathieu et Marie Loubière.
Après la City et l'Alfa 146, cette année c'était le tour de la Manta de rouler en Aveyron.
Pour 2012... mystère!!!
Deux parmi les voitures présentes cette année:
Une rare et belle Lancia Fulvia, avec son moteur 4 cylindres en V étroit, et son curieux capot à ouverture
latérale.
Une originale Ford Anglia, parfaitement rénovée, dans un état exceptionnel.
Sa silhouette est caractéristique avec sa custode inversée, comme sur nos AMI 6 Citroen. Son petit moteur 975CC
super-carré est réputé pour son brio, et même si le freinage n'est pas toujours à la hauteur elle est très agréable à conduire, même dans la circulation actuelle.

Un peu d'histoire locale.
Bouillac est située au bord du Lot, et fait partie du canton de Capdenac-Gare. Comme de nombreux villages voisins, son
histoire a été marquée par l'essor et la chute du bassin minier de Decazeville, distant d'une dizaine de kilomètres.
Le Lot comporte de nombreuses écluses qui permettaient le trafic des gabarres servant à transporter le charbon jusqu'à
Bordeaux. Certains biefs sont remis en navigabilité actuellement, et bientôt les plaisanciers pourront rallier la Garonne "pour le plaisir".
Pour ne pas oublier que ce fleuve a d'abord été un lieu de travail, et que le bassin de Decazeville a été à l'origine
d'une certaine richesse, mais aussi de souffrances, de sacrifices et de drames:
DECAZEVILLE, OU L'HISTOIRE DE LA LENTE AGONIE DE LA MINE FRANCAISE
Decazeville : la ville du duc Decazes, ex-ministre de Louis XVIII. Elle poussa au dix-neuvième siècle en pays
aveyronnais. Dans cette région, l’exploitation du charbon avait commencé de longue date : au quinzième siècle on y exploitait des « charbonnières » à flancs de coteaux. Le 19ème lance la grande
industrie : une loi d’avril 1810 réglemente l’exploitation et les droits de succession. Le duc Decazes a découvert la sidérurgie en Angleterre. S’appuyant sur les compétences de l’ingénieur
ruthénien Cabrol, « qui partage avec lui sa passion pour la l’aventure industrielle britannique », le duc met à profit le voisinage d’un gisement de fer et des mines de
charbon pour lancer en 1826 la société des houillères et des fonderies de l’Aveyron. En 1828, la nuit de Noël, la première coulée de fonte sort du haut fourneau.
En 1850, la production dépasse celle du Creusot, grâce aux commandes de rails exécutées
pour les chemins de fer. La commune de Decazeville, créée en 1834, compte déjà plus de 2000 ouvriers. Seulement Decazeville souffre d’handicaps multiples. L’éloignement en est un. Au quinzième
siècle, se souvient-on, la houille était transportée « à dos d’âne ou de mulet en Auvergne ou vers Rodez. A Bouquiès, les gabares prennent le Lot vers Cahors, Agen et Bordeaux. Là-bas,
le contenu et le contenant sont vendus et les mariniers revenaient à pied. * » C’est dire ! Quatre siècles plus tard, exporter la production sidérurgique reste une gageure. Le Lot
n’est navigable qu’une partie de l’année. Hormis la Grande guerre, au cours de laquelle Decazeville produira des obus, et une autre parenthèse au cours de la deuxième guerre mondiale,
Decazeville, dont le minerai est de faible qualité, peine à être compétitif sur le marché de l’acier. Les multiples changements de main, la modernisation impulsée sous Henri Fayol, - l’un des
fondateurs des sciences de gestion-, au tournant du vingtième siècle, ne changeront rien.
La "Découverte" telle qu'on peut la voir aujourd'hui.
En 1892 a débuté l’exploitation de la Découverte, qui deviendra la plus grande mine de France à ciel ouvert. La
Découverte sera l’unique rescapée du plan charbonnier, dit plan Jeanneney de 1960 : malgré une résistance désespérée de la population, tous les puits de mine souterrains sont fermés en 1966.
L’empire se fissure : scissions d’activités, dépôt de bilan (1977), poursuite en dépit de toutes les difficultés de la production. Decazeville, est l’un des grands symboles de l’histoire
industrielle, économique et sociale. Son aventure interroge toutes les politiques mises en place : les tentatives de sauvetage, les milliards dépensés, les pôles de conversion industriels,
instaurés en 1984. Elle est traversée par les luttes sociales et syndicales. Celle de 1866, au cours de laquelle le sous-directeur Jules Vatrin, surnommé « le Prussien » fut défenestré, marqua
un tournant dans l’histoire du mouvement ouvrier, amorçant sa renaissance.
Près d’un siècle plus tard, contre le gouvernement de Michel Debré et les projets de fermeture, des syndicalistes
entamaient une longue grève de la faim. En vain. La complexité des situations conduit souvent les acteurs des systèmes à se réfugier dans des schémas sans issue. Marc Génot se souvient qu’ un
ouvrier mouleur à qui il faisait remarquer qu’il exécutait mal sa tâche lui répondit : "Pourquoi voulez-vous que je m’intéresse à mon travail puisque seule la grève et l’ action politique
nous apportent quelque chose ?"
Ici comme ailleurs, un bassin d'activités a été sacrifié au nom de la rentabilité économique. Avec lui, 1700 emplois et
2000 habitants ont disparu, des vies ont été brisées, des familles détruites, des traditions et un mode de vie, une culture, ont volé en éclat. La ville ne s'en est jamais vraiment relevée, et
les friches industrielles en sont les stigmates. Malgré (ou peut-être grace à) tout ceci, ce pays est émouvant et attachant pour qui sait y voir autre chose qu'une région isolée et
austère.